Les services rendus par la nature peuvent-ils devenir un levier d'action dans les décisions d'aménagement ?

Abstract

La France, comme le reste de l’Europe, reste très concernée par l’augmentation continue des surfaces de sols artificialisées. Ces conversions affectent la fonctionnalité des écosystèmes naturels, réduisant le potentiel de fourniture de services qu’ils rendent aux sociétés humaines, aussi appelées services écosystémiques (SE) (e.g. réduction des îlots de chaleur, approvisionnement en nourriture). Les besoins relatifs à ces services sont pourtant renforcés dans un contexte de changement climatique et d’érosion de la biodiversité, soumettant les sociétés à des risques croissants. Plusieurs forces sont à l’origine du processus d’artificialisation. Outre les forces structurelles comme la croissance démographique ou la croissance économique, des facteurs socio-culturels tels que la demande croissante pour de l’habitat individuel, le contexte institutionnel et la gouvernance jouent également un rôle clé dans les dynamiques d’artificialisation. Comme cela a été souligné dans plusieurs études auparavant (Anas et al, 2008, Béchet et al, 2017, Colsaet et al, 2018), la concurrence entre unités administratives en charge de l’aménagement et/ou les incompatibilités d’objectifs pour l’orientation des territoires (e.g. environnement, logement, transport, etc.) sont également au cœur des dynamiques d’artificialisation. La fragmentation administrative, la compétition entre juridictions locales, la concurrence fiscale entre les collectivités locales, les subventions de projets visant à « revitaliser » des territoires (ex : infrastructures de transport ou développement de zones commerciales), sont autant de facteurs favorisant l’artificialisation des sols pointés dans la littérature. Ceci est renforcé par un imaginaire collectif opposant souvent protection de l’environnement et développement économique (Boiral, 2004). Cette vision pourrait cependant évoluer en rendant mieux compte de l’apport des services rendus par la nature aux sociétés. Ainsi la (re)connaissance de ce capital qu’est la nature est une des clés de l’évolution des politiques d’aménagement du territoire, tant pour ce qui concernent ses objectifs que ses modalités de mise en œuvre.

Publication
Rapport pour le CGDD, Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire (MTES)